Comment la Malterie Occitane veut renforcer la filière brassicole

Pour faire de la bière, il vous faut de l’eau, du malt (une céréale germée et séchée, en général de l’orge), du houblon et des levures. La demande en malt local étant un véritable enjeu, les dirigeants d’une brasserie toulousaine ont décidé de créer une malterie. La coopérative Arterris est partie prenante de ce projet.

L’approvisionnement en matières premières locales reste aujourd’hui une vraie problématique pour les brasseries artisanales. C’est dans ce contexte que deux brasseurs toulousains ont créé une malterie. « On avait fait le constat que nous proposions une bière artisanale dont les matières premières n’étaient pas locales », confirment Arnaud Jamin et Sébastien Rocher.

Du malt d’orge mais pas que

La SAS Malterie Occitane, dont le siège est implanté à Toulouse, a ainsi été constituée en mai dernier. Cette nouvelle société s’articulera à terme autour de trois activités : la malterie (dont l’activité débutera au printemps prochain ), une centrale de distribution (couvrant l’ensemble des besoins de la filière) ainsi qu’une couveuse brassicole. « Une malterie artisanale ne pourra jamais produire tous les malts, certains brasseurs veulent notamment des malts spéciaux. Nous avons donc fait un partenariat avec la malterie du château, implantée en Belgique, qui pourra nous en fournir. Nous aurons également un stock de houblons et de levures », précise Sébastien Rocher.

Au-delà de la simple question des matières premières, les dirigeants souhaitent aller plus loin en positionnant l’entreprise comme une « couveuse brassicole ». « On souhaite accueillir plein de petits brasseurs. Quand on démarre cette activité, on n’a pas forcément les moyens d’investir dans du gros matériel. L’idée, c’est donc qu’ils puissent tester leurs recettes sur du matériel fiable, grandeur nature, sans le souci de l’investissement. Nous voulons aussi les accompagner dans la commercialisation et dans les démarches auprès des financeurs », poursuit-il. Un aspect qui devrait pour sa part être lancé peu avant l’été (2500 hl/an).

Le bâtiment devrait quant à lui sortir de terre d’ici à quelques mois à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn). Montant total de l’investissement : près de 3 millions d’euros.

Une filière vertueuse

Si la malterie tient à aider les brasseurs dans la construction de leurs projets, il n’en reste pas moins qu’elle souhaite aussi garantir une rémunération équitable aux agriculteurs. Pour ce qui est la production de l’orge de brasserie, les deux dirigeants de la Malterie Occitane ont en tout cas choisi de se rapprocher de la coopérative Arterris. C’est celle-ci qui assurera d’ailleurs la collecte, le calibrage ainsi que le stockage.

À vrai dire, la coopérative – qui est le plus gros producteur d’orge de brasserie en Occitanie – s’est naturellement intéressée à ce projet. Lequel lui permet de servir le marché local. Un accompagnement quant aux choix des variétés en amont sera également réalisé. « Le cahier des charges sera très strict. Nous voulons travailler sur une variété qui est adaptée à la région. Le meilleur rendement, allant du champ à la chope, sera également soigneusement étudié », note encore Sébastien Rocher.

Répondre aux besoins d’un territoire

Michel Join est le patron de la brasserie La Biérataise, située à Bérat. «  Travailler avec cette malterie, je vois cela d’un très bon œil. Nous produisons des bières artisanales depuis une vingtaine d’années. Nous demandons à nos clients de nous tourner vers le local, c’est cohérent de faire de même », remarque-t-il.

« C’est une très bonne initiative que d’avoir une malterie, qui veut travailler avec de l’orge locale et des brasseurs de la région. C’est un projet qui s’intègre dans la dynamique régionale », réagit pour sa part Adrien Claustres, président de l’association des brasseurs indépendants d’Occitanie. Les dirigeants de la Malterie Occitane peuvent en tout cas compter sur un portefeuille de clients potentiels d’un peu plus de 300 brasseries.

Aurélien Tournier