Gagner la bataille de la communication

Publié le 2 février 2019

Damien Greffin, vice-président des producteurs de blé, est venu vendredi 11 janvier en Haute-Garonne. Le matin à Labastide-Beauvoir et l’après-midi à Saint-Félix-Lauragais, il a échangé avec les agriculteurs autour des questions d’actualité et apporté son soutien à la liste FDSEA 31.

Quel regard porte le céréalier de l’Essonne que vous êtes sur l’agriculture en Haute-Garonne ?

Damien Greffin

« À l’AGPB, nous n’ignorions rien de la problématique des céréaliers dans le sud-Ouest. Comme ailleurs en France, la situation est catastrophique, avec des revenus fortement dégradés depuis cinq ans. Je suis par ailleurs surpris par le mitage territorial autour de la métropole toulousaine. Néanmoins, nous devons nous servir de la proximité géographique avec les consommateurs pour communiquer. Nous avons le territoire pour nous. Pourquoi ne pas l’utiliser plus pour faire savoir que grâce à nous, le paysage est entretenu ? Nos anciens ont créé des outils collectifs hors pair. De nos jours, nous sommes beaucoup moins nombreux. Notre action doit évoluer et privilégier la mutualisation des moyens pour faire face à nos détracteurs. La communication est la prochaine bataille à gagner.

En particulier à propos du glyphosate ?

La façon dont est géré ce dossier n’est autre que de la provocation : à quoi rime d’afficher sur le site internet du ministère le nombre d’agriculteurs sortis du glyphosate ? Il n’est question nulle part d’essayer de comprendre les utilisateurs. Le gouvernement n’a pas connaissance de la réalité des territoires ruraux. La fracture entre le monde urbain et le monde rural, dont nous faisons partie, est actée. Alors que le secteur automobile dispose de 30 ans pour sortir des énergies fossiles, pourquoi les agriculteurs disposent-ils que de trois ans pour s’adapter ? La décision n’est plus dictée par le rationnel.

Avez-vous le même sentiment concernant la RPD* ?

L’adoption d’une augmentation de la RPD dans la loi de finances 2019 n’est ni plus ni moins qu’un hold-up de 100 millions d’euros sur l’agriculture française. Des simulations montrent que cette hausse correspond à une augmentation de charges entre 1.500 et 2.000 € par actif, selon les régions. À l’encontre de cette politique punitive, la FNSEA a présenté une démarche collective innovante : le contrat de solutions. 36 fiches présentent des idées pour diminuer l’usage des phytosanitaires et répondre à la demande des consommateurs tout en gardant un sens agronomique. Si l’on regarde la question de la production sous l’angle géopolitique, 10 millions d’êtres humains seront à nourrir en 2050. La France exporte pour 4.4 milliards euros de céréales chaque année, soit l’équivalent de 52 Airbus A320. Opposer agriculture conventionnelle et biologique ne se révèle-telle pas être une problématique de pays riches ?

Quelles solutions voyez-vous alors pour retrouver de la valeur et répondre à toutes les interrogations que se posent les consommateurs ?

Il n’y a pas de fatalité. La démarche de certification est à réfléchir. Beaucoup d’exploitations ont atteint le niveau demandé sans qu’il soit valorisé.

Vous êtes à la tête de nombreux mandats. Quel sens donnez-vous à cet investissement ?

Notre métier est attaqué de toute part. Notre modèle de production est sans cesse remis en cause. La cohabitation avec les riverains devient de plus en plus difficile et les médias soufflent sur les braises au quotidien. Alors, dans une société où l’agriculture est malmenée, j’ai choisi de mener le combat au sein de cette grande maison qu’est la FNSEA et ses associations spécialisées telles que l’AGPB. Et même si je ne suis pas toujours d’accord avec les décisions prises, je prends le parti d’essayer de faire bouger les lignes en interne plutôt qu’être en dehors, quitte à passer pour l’agitateur de service »