L’agriculture de conservation des sols fait son chemin dans les esprits

Par Sébastien Garcia • 10 mar, 2017 • Catégorie: Economie, Elevage, Environnement, Machinisme, Productions Végétales

L’Association Occitane de Conservation des Sols (AOC Sols) avait donné rendez-vous à ses adhérents à la mairie de Mazères/Salat, le 6 février dernier, pour son Assemblée Générale annuelle. Une AG instructive qui était marquée par la présence et les interventions de plusieurs experts, chercheurs et agriculteurs.

En finir avec l’érosion

Jean-Claude Lajous, Vice-Président de l’association, a débuté la journée par la présentation des activités 2016 et du programme d’actions pour 2017. Les Journées Bout de Champs et tours de plaine, dont les comptes-rendus rédigés par un conseiller de la Chambre d’Agriculture sont systématiquement envoyés aux adhérents, vont se poursuivre. La nouveauté sera dans l’inversion de la traditionnelle organisation de ces journées, qui débuteront maintenant en salle pour se terminer par la visite de parcelle. L’AOC Sols souhaite également instaurer des journées techniques à thème, plus régulièrement. Pour ce faire, elle compte recourir à un emploi service civique pour gagner en efficacité et étoffer les contenus.

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Plusieurs experts sont intervenus lors de l’AG

Un des grands sujets de discussions du matin a tourné autour de l’érosion des sols. Un adhérent rappelait qu’à chaque orage, le service départemental d’entretien des routes dépense des dizaines de milliers d’euros pour enlever la terre emportée par les pluies. L’AOC Sols  préconise de mettre davantage de moyens publics dans la formation des agriculteurs sur le coût de l’érosion des sols, plutôt que de financer le nettoyage des routes. « Il faut répéter aux agriculteurs que ce sont les meilleurs terres qui partent », insistait Jean-Claude Lajous. « Chaque année, 30 à 40 tonnes de terre sont perdues par hectare, à cause de l’érosion. Combien cela représente-t-il en valeur ? Dire qu’il y a encore des gens pour trouver que les couverts coûtent cher… » Entre sensibilisation tant des agriculteurs que des élus, l’association a du pain sur la planche. Mais le discours passe de mieux en mieux, en témoigne la participation grandissante aux journées techniques. L’AOC Sols peut ainsi se féliciter d’avoir accueilli près d’une centaine de personnes dans l’Aude, il y a à peine un mois. Cerise sur le gâteau, le Préfet du département, Jean-Marc Sabathé, qui devait faire un passage, a décidé de rester toute la journée. À l’issue de laquelle il a exprimé le souhait de voir se tenir, chaque année, une journée régionale sur l’agriculture de conservation des sols !

Penser l’homme dans son milieu

Jean-Pierre Sarthou, chercheur à l’INRA, est intervenu pour présenter les résultats d’une thèse soutenue par une étudiante sur les services écosystémiques (voir encadré) apportés par les différents types d’agriculture (labour, TCS et semis direct sans aucun travail du sol). L’étude portant sur des conduites aussi bien en bio qu’en conventionnel, elle a permis d’évaluer les résultats de plusieurs modes de production selon les objectifs recherchés (rendement, structure des sols, salissement, ravageurs, économies d’intrants, etc.).  Menée chez une quarantaine d’exploitants, cette étude demande évidemment d’être affinée et étendue. Mais toujours est-il que des grandes lignes se dessinent. Avec quelques surprises à la clé. Les cultures menées en techniques simplifiées cumuleraient ainsi les avantages écosystémiques des techniques avec labour et ceux des conduites en bio, sans leurs inconvénients respectifs. De même, la présence d’un élevage sur l’exploitation conduite en conventionnel permet à celle-ci d’atteindre des « performances » en services écosystémiques équivalentes à celles des exploitations en bio. Des conclusions provisoires qui n’ont pas manqué d’éveiller la curiosité des participants et de susciter de nombreuses réactions.

La matinée s’est achevée sur l’intervention d’un représentant de SOLAGRO. L’association démarre en effet un projet sur la vulnérabilité climatique des systèmes agricoles de grandes cultures et d’élevages bovins dans le Sud-Ouest, à horizon 2030. Les pistes d’adaptation aux changements climatiques seront étudiées au cours des 3 années du projet. Ce projet est centré sur l’analyse de cas concrets (30 fermes environ), parmi lesquels SOLAGRO souhaite inclure des systèmes avancés sur la question du sol.

Des raisons d’être optimiste

L’après-midi était consacrée à des témoignages. C’est Carole Mérienne, technicienne de la Chambre d’Agriculture, qui a entamé cette partie, avec la présentation du pâturage tournant dynamique, qui est une application des principes d’agriculture de conservation des sols à la gestion des prairies. L’intervention s’est poursuivie par un point sur les essais de méteil de protéagineux fourrages. Menés par la Chambre d’Agriculture, ces essais se font chez plusieurs éleveurs du département, dont deux travaillent en semis direct. Des visites d’exploitation pilote ont été programmées en 2016 pour les membres du Groupe Fourrages en Haute-Garonne, dans le Tarn et en Aveyron. D’autres sont bien entendu prévues pour 2017.

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Félix Bossut (à droite) veut changer le discours sur l’agriculture de conservation des sols

Florian Leguay, éleveur de vaches laitières à Sepx (canton de Salies), fait partie d’Agr’eau, un réseau de fermes pilotes du bassin Adour-Garonne. Accompagnées par l’Agence de l’eau, ces exploitations testent des conduites innovantes (semis direct, couverts végétaux, …) et tiennent à jour un suivi précis de différents indicateurs technico-économiques. Chez Florian, la transition vers les pratiques d’agriculture de conservation des sols s’est avérée des plus positives. Malgré le passage de 3 à 2 personnes sur la même structure, le temps de travail sur l’exploitation a pu être diminué sans impacter la production.

Nicolas Artigues, éleveur de veaux sous la mère à Montastruc de Salies, est lui aussi passé à l’agriculture de conservation des sols pour pallier les conditions pédoclimatiques particulières de son secteur. Il a ainsi implanté des couverts végétaux, modifié ses rations avec des méteils et « saisonnalisé » ses veaux sur la saison d’herbe, pour éviter les problèmes dus à la sécheresse estivale. Il a également présenté son projet de monter un méthaniseur sur son exploitation pour améliorer son bilan carbone et passer de 3 à 4 cultures en deux ans, grâce à des cultures intermédiaires à valorisation énergétique.

L’agriculture de conservation des sols fait donc son chemin dans les esprits. Mais il reste à convaincre davantage d’agriculteurs à s’engager dans cette voie. « Il faut changer le discours », estime Félix Bossut, Président de l’AOC Sols. « Oui, le matériel coûte cher et c’est un des freins à la conversion. Mais il faut tout de même relativiser : un semoir de semis direct est prévu pour durer au moins 30 ans. La donne a également changé depuis quelques années. Les références techniques se multiplient. On ne part plus à l’aveugle, comme aux débuts des TCS. Les témoignages des deux jeunes montrent qu’ils ont capitalisé sur les expériences – et les erreurs – des pionniers. Il y a donc de bonnes raisons d’être optimiste. » L’association peut enfin compter sur l’implication de ses membres et de professionnels partenaires. Un chercheur du CNRS, présent ce matin-là, a ainsi proposé d’intervenir gratuitement lors d’une éventuelle journée technique annuelle sur l’agriculture de conservation.

 

Services écosystémiques : l’humanité fait partie intégrante d’un système interdépendant

La notion de service écosystémique fait référence à la valeur (monétaire ou non) des écosystèmes, voire de la Nature en général. Les écosystèmes durables et de qualité fournissent à l’humanité des biens et services nécessaires à son bien-être, à son développement et sa survie. Les services écosystémiques ont été classés en 4 catégories :

  1. Services de support ou de soutien : services nécessaires à la production des autres services, c’est-à-dire qui créent les conditions de base au développement de la vie sur Terre (formation des sols, production primaire, air respirable, etc.). Leurs effets sont indirects ou apparaissent sur le long terme.
  2. Services d’approvisionnement ou de production : services correspondant aux produits, potentiellement commercialisables, obtenus à partir des écosystèmes (nourriture, eau potable, fibres, combustible, produits biochimiques et pharmaceutiques, etc.).
  3. Services de régulation : services permettant de modérer ou réguler les phénomènes naturels (régulation du climat, de l’érosion, des parasites, etc.).
  4. Services culturels : bénéfices non-matériels que l’humanité peut tirer des écosystèmes, à travers un enrichissement spirituel ou le développement cognitif des peuples (patrimoine, esthétisme, éducation, religion, etc.).
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