Animée par Jean-Christophe Giesbert (à gauche), la soirée a vu intervenir de nombreux experts de l'alimentation.

Comment se nourrira-t-on demain?

Publié le 3 avril 2014

« De la fourche à la fourchette : Les défis de l’alimentation de demain. » C’est sur ce thème que se sont ouvertes, en fin de journée, les 4èmes Rencontres du Crédit Agricole Toulouse 31, le 26 mars 2014 au centre Diagora de Labège. L’occasion pour tous les administrateurs de la caisse régionale, réunis l’après-midi même en Assemblée Générale, de se pencher sur une thématique différente chaque année, avec l’appui d’experts et professionnels.

S’adapter au marché mondial…

L’avenir se joue en grande partie à l’international, selon Vincent Chatellier, Directeur du CERECO (laboratoire de recherche INRA), le premier intervenant de la soirée. Si la France est – et devrait rester – le premier producteur agricole d’Europe, la concurrence avec les autres États membres est rude au sein de l’espace intracommunautaire. « Nos importations de légumes et de viande viennent essentiellement du marché européen », expliquait-il. « Par contre, l’Asie et l’Afrique sont les bassins de consommation de demain. La croissance démographique mondiale se ralentit, contrairement aux idées reçues, mais l’Asie comptera 1,3 milliard d’habitants en plus en 2050 et l’Afrique, 1 milliard de plus. Et cette croissance se traduit par une augmentation spectaculaire de la consommation de viande. Elle va doubler en l’espace de 60 ans. Cette demande en viande, notamment en volailles, va avoir des répercussions sur toutes les filières agricoles. » Pour cet économiste, si l’on veut que chaque habitant soit nourri convenablement, il y aura donc plusieurs leviers à activer. Tout d’abord, limiter le gaspillage alimentaire : la planète perd en moyenne 30% des biens agricoles. Ensuite, inciter les pays en croissance à ne pas trop changer de régime alimentaire. La Chine a quadruplé sa consommation de viande depuis les années 80 (15 à 60 kg par an). Si l’Inde (5kg/an) faisait de même, il faudrait 10 fois la production annuelle de viande des 28 pays de l’Union Européenne pour combler la demande… Il faudra ensuite limiter la perte de foncier agricole, continuer à améliorer les techniques, aider les pays pauvres à développer leur agriculture et favoriser les flux d’échange. « À côté du développement de l’agriculture de proximité, il est évident que la France, à partir du moment où la croissance démographie n’est pas homogène dans le monde, va monter en puissance à l’internationalisation. Nos exportations agricoles vers les pays hors UE ne cessent de croître. C’est là que se trouvent nos opportunités. Il nous faut donc jouer sur nos avantages compétitifs que sont la qualité et la traçabilité de nos produits, où nous avons une avance considérable. »

… et aux nouvelles habitudes de consommation

Un brin provocatrice dans son introduction, Pascale Hebel, Directrice du Département Consommation du CREDOC*, estimait qu’il conviendrait plutôt de partir de la fourchette pour aller à la fourche, pour bien accompagner les changements de la société. Abordant les évolutions des modes de consommation des français, elle notait que la façon de manger des jeunes était proche de celles des autres jeunes du monde et qu’il y avait aujourd’hui plus de différences de consommation entre les générations de français qu’entre les classes sociales de notre pays. Les assiettes des jeunes issus de milieu ouvrier sont ainsi sensiblement les mêmes que celles de ceux issus des classes supérieures. « Et le niveau des dépenses alimentaires des futures générations sera extrêmement bas », assénait-elle. « Les 8% de leur budget qu’ils affecteront à se nourrir d’ici dix ans est bien loin des 20% de leurs aînés. Nous sommes aujourd’hui sur une alimentation « service » plus que « plaisir », où le consommateur recherche avant tout à gagner du temps et préfère un sandwich à un repas assis. » En termes de produits agricoles bruts, cela se traduit, par exemple, par une consommation de fruits et légumes 8 fois inférieure à leurs parents. Le petit déjeuner est également de plus en plus sacrifié, avec un impact sur la consommation de pain, et les desserts ont tendance à disparaître des menus du midi. Autre point important, le risque sanitaire figure au 2ème rang des inquiétudes des français, derrière les accidents de la route ! « Une conséquence de la crise de la vache folle et du scandale de la viande de cheval », précise Pascale Hebel. « Cette défiance se retrouve dans la demande de toujours plus de traçabilité, alors que ces mêmes consommateurs sont paradoxalement moins intéressés par la qualité promue par les différents Labels. Avec moins de pouvoir d’achat que leurs aînés, ils préfèrent consommer moins et simplifier leur alimentation. »

Pascale Hebel, Directrice du Département Consommation du CREDOC
Pascale Hebel, Directrice du Département Consommation du CREDOC

Pour le CREDOC, l’enjeu est donc de redonner confiance et envie aux consommateurs, avec toujours plus de transparence, mais aussi de rééduquer les jeunes à la gastronomie. Les succès des récentes émissions TV culinaires sont, de ce point de vue, encourageants. Un point de vue partagé par les invités de ces 4èmes rencontres. Philippe Carré, Directeur Général de 3A, témoignait ainsi de l’évolution dans la composition de leurs yaourts, où la part de sucre diminue au profit de la quantité de fruits, pour compenser les baisses de consommation brute de fruits en France. Récemment intégré au groupe SODIAAL, la coopérative laitière travaille également avec Michel Bras, grand chef cuisinier, qui la conseille sur la création de produits de qualité, travaillés de façon artisanale, avant de les destiner à l’industrialisation. Optimisme aussi pour Jean-Pierre Pelc, fabricant de pâtes artisanales Landreau et restaurateur en région toulousaine, qui innove sans cesse sur les produits à base de pâtes pour séduire les jeunes générations, mais aussi les seniors qui représentent une part importante des consommateurs français.

Pour les intervenants, les maîtres mots du défi de l’alimentation de demain sont pragmatisme et réalisme. « Ce que l’on ne propose pas n’est pas consommé », insistait Vincent Chatelier, en citant l’exemple de la viande ovine qui ne figure presque plus dans les menus proposés par la restauration. « La société Charal propose maintenant des viandes bovines avec des DLC plus longues », renchérissait Pascale Hebel. « Elle a su s’adapter à un contexte où l’on fait ses courses moins souvent. Un exemple que devrait suivre la filière ovine, entre autres. »

 

* Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de vie

 

Gérard Cazals a passé la main
C’était l’autre évènement du jour…

Indissociable de la Caisse Régionale de Crédit Agricole, dont il a été le Président durant 15 ans, Gérard Cazals n’a pas souhaité renouveler son mandat, lors de l’AG du 26 mars. « Un recordman de la longévité », a dit de lui, en clôture de cette soirée, Bertrand Corbeau, Directeur Général de la Fédération Nationale du Crédit Agricole.

Gérard Cazals cède la présidence de la Caisse Régionale à Robert Conti
Gérard Cazals cède la présidence de la Caisse Régionale à Robert Conti

De fait, Gérard Cazals est entré à la caisse locale de Cintegabelle en 1971. Cinq ans plus tard, il en prenait la présidence. En 1977, il devenait administrateur de la caisse régionale du Midi-Toulousain, dont il prendra les rênes en 1999. « En 43 ans passés au Crédit Agricole, il a su gagner l’estime et le respect de tous, que ce soit à Toulouse ou à Paris », poursuivait Bertrand Corbeau. « Reconnu pour sa lucidité, son courage et son honnêteté, il a su conduire le Crédit Agricole Toulouse 31 à un niveau de performance qui la place aujourd’hui dans le Top 5 des caisses régionales.»

Après une longue « standing ovation », Gérard Cazals, visiblement ému, a tenu à remercier le Conseil d’Administration de la caisse régionale, l’ensemble de ses collaborateurs et particulièrement les 3 directeurs qu’il a côtoyés : Pierre de Bellefond, Jean-Roger Drouet et Yvon Malard. « Un Président n’est rien s’il est isolé », résumait-il. « Merci donc à tous pour ce que vous m’avez apporté pendant tout ce temps et pour ce que vous m’avez aidé à accomplir. »

C’est à Robert Conti, 62 ans, que revient la tâche délicate de lui succéder. Gérant d’une société commerciale, il est Président de la caisse locale de Blagnac depuis 2000 et Vice-Président du Crédit Agricole Toulouse 31 depuis 2009.