Labour: du travail bien fait

Par Sébastien Garcia • 22 juin, 2017 • Catégorie: Grandes Cultures, Machinisme, Vie locale

À 56 ans, Michel Berjaud a 51 ans de conduite de tracteur à son compteur… « Mon grand-père m’a fait labourer une parcelle de luzerne avec une charrue alternative quand j’avais 5 ans », se souvient ce céréalier de Revel. Le début d’une passion qui ne le quittera plus.

Une école de vie

En 1976, Michel Berjaud fait son premier concours de labour en planches avec une charrue Huard. Mais c’est avec une Kverneland qu’il se qualifiera, en 1988, pour sa première finale nationale à Domloup, dans la Manche. Il termine à la 7ème place. L’année suivante, il est 5ème, dans la Meuse et 6ème dans les Landes, en 1992. Il adhère alors à l’association France Labour et, depuis, participe chaque année aux sélections organisées pour les championnats du monde et d’Europe. Il obtient une belle deuxième place à Rouen, en catégorie « Labour en planches ». Malheureusement, le règlement international prévoit que, dans cette catégorie, seul le premier d’une finale nationale est qualifié pour le championnat du monde. Aussi, il décide de concourir désormais en labour « à plat ». Dans cette catégorie, le vainqueur du national va au concours mondial et les 2ème et 3ème peuvent participer au championnat d’Europe. Une décision judicieuse qui lui permettra d’aller en Irlande du Nord, en octobre 2012, pour le championnat d’Europe.

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Michel Berjaud à l’oeuvre en 2012 à Londonderry, en Irlande du Nord

L’an dernier, c’est en Vendée qu’il décroche son ticket pour partir en Suisse, défendre les couleurs de la France aux finales européennes 2017. Une belle constance qui est le fruit d’un entrainement régulier et… d’un amour du travail bien fait. « Le labour n’est pas seulement une façon de travailler la terre, c’est aussi une école de vie », estime-t-il. « Il faut savoir observer, se concentrer et gérer ses émotions pour rester précis. Votre façon de labourer reflète souvent votre personnalité. Ce que j’ai appris lors de ces compétitions me sert tous les jours sur mon exploitation. » Il faut dire qu’il est bien accompagné. Outre André Grilhère, qui l’a convaincu de faire sa première compétition quand il avait 16 ans et qui lui prête sa charrue pour le concours en Suisse, Michel Berjaud est entraîné par Albert. L’entraîneur « officiel «  de France Labour a déjà coaché deux champions du monde et plusieurs vice champions d’Europe.

Passion voyageuse

Aller en Suisse devrait être moins ardu que se rendre en Irlande du Nord. Mais la relative proximité ne change rien au fait qu’un concours international de labour est une fantastique aventure humaine, où l’on découvre d’autres pays, d’autres cultures et où l’on forge de solides amitiés entre laboureurs du monde entier. Et elle n’enlève rien non plus au fait que déplacer un tracteur et une charrue représente un certain budget… « J’ai de la chance de ne pas m’être qualifié pour les championnats du monde, ils se déroulent au Kenya », rigole l’agriculteur. Pour l’expédition suisse, il fait camion commun avec l’autre sélectionné du concours national. Mais même partagée en deux, la note monte à 3.500 € chacun. Sur place, le gîte et le couvert sont pris en charge par France Labour. Pour réunir la somme nécessaire, Michel Berjaud a écumé son carnet d’adresse et son réseau pour trouver des sponsors.

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Pour participer aux frais de participation au concours européen, Michel Berjaud cherche toujours des sponsors

« C’est plus difficile qu’en 2012 », reconnaît-il. « Les crises agricoles de ces dernières années ont fait mal à tout le monde. » Néanmoins, il reste confiant. La compétition se déroule les 19 et 20 août prochains et grâce à plusieurs partenaires*, il a collecté 2.500 €. Reste 1.000 € à trouver. Si vous voulez donner un coup de pouce à notre champion régional, vous pouvez vous rendre sur le site internet créé pour l’occasion. Vous y trouverez les informations et coordonnées nécessaires.

Michel Berjaud essaie malgré tout de rester concentré sur son objectif suisse. Il s’entraîne tous les week-ends et s’est procuré des analyses de sols des parcelles de prairies et de chaumes qui seront utilisées pour la compétition. « Ce seront des sols limoneux », explique-t-il. « Même si nous aurons deux jours pour nous entraîner avant l’épreuve, connaître le type de terre permet déjà d’adapter les versoirs et socs, pour n’avoir que les derniers réglages à faire sur place. Préparer soigneusement ses outils et éviter les pépins mécaniques sont indispensables dans ce type de compétition. »

Sur place, il pourra enfin compter sur le soutien de son épouse, de ses collègues de France Labour, emmenés par son Président Paul Guyonneau, mais aussi d’une belle délégation d’amis du Lauragais qui ont décidé d’affréter un bus pour assister aux épreuves. Et qu’on ne lui dise pas que les concours de labour sont une affaire de vétérans. « L’autre qualifié français qui m’accompagne a l’âge d’être mon fils », précise-t-il. « Si les compétitions de labour restent timides dans le Sud-Ouest, elles sont plus nombreuses dans le reste de la France. Et ne parlons pas des pays nordiques, où c’est quasiment un sport national pour tous les agriculteurs. » Animé d’une passion contagieuse, Michel Berjaud compte bien faire passer sa flamme aux jeunes générations. C’est ainsi qu’avec des amis de France Labour, il va organiser des stages de formation, la veille de la finale régionale, qui se tiendra le 1er septembre prochain à Lombers (Tarn). Pendant une journée mêlant théorie en salle et exercices pratiques, ils proposeront aux compétiteurs qui le souhaitent, conseils et astuces pour mieux affronter les épreuves qui les attendent. Si vous passez dans le coin, arrêtez-vous au stand France Labour. Vous pouvez être sûr que juste après le championnat européen, il y aura de belles histoires à entendre…

 

* Le groupe T3MLavail ; Le cabinet d’expertise Ramadier ; le fournisseur de boissons Habert Distribution ; la Chambre d’Agriculture de Haute-Garonne ; le Crédit Agricole Toulouse 31 ; la Mairie de St Félix-Lauragais ; le concessionnaire Agri-Moderne ; Claas ; les ficelles Tama et Axa Assurance.
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