Les faucheurs d’avenir sont de retour

Par Sébastien Garcia • 21 sept, 2017 • Catégorie: A LA UNE, Agriculture bio, Aménagement du territoire, Economie, Environnement, Grandes Cultures, Vie locale
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Le spectacle de désolation qu'a trouvé l'équipe de la station inter-instituts de Montesquieu-Lauragais et l'agriculteur propriétaire du la parcelle

Le 17 août dernier, des « faucheurs volontaires » ont saccagé, de nuit, 5 parcelles expérimentales de tournesol implantées chez un agriculteur de Montesquieu-Lauragais. Un acte lâche qui est surtout symptomatique d’une profonde stupidité de la part d’un mouvement qui ne sait plus quoi faire pour exister médiatiquement. En détruisant les essais de plateforme Syppre (voir encadré ci-dessous), ces extrémistes s’en sont précisément pris au modèle d’agriculture qu’ils appellent de leurs vœux. Et apparemment, ils en sont fiers…

Bêtise et incompétence

Dans leur communication qui a suivi le saccage des parcelles d’essai, les faucheurs ont réussi l’exploit de ne présenter que des arguments bidons.

Tout d’abord, les tournesols qu’ils ont détruits étaient « avec certitude », selon eux, de variété tolérante aux herbicides (une variété obtenue par mutagenèse classique, mais que les écologistes radicaux se complaisent à appeler « OGM caché »). « Faux », répond Julie Malécot, coordinatrice d’expérimentations de Terres Inovia, basée à la ferme d’En Crambade. « Nous avons implanté un tournesol LG 5687 HO, commercialisé par Limagrain. C’est une variété tout à fait classique, inscrite en 2013, qui a pour seule particularité d’être la plus utilisée dans le secteur. »

Le communiqué des faucheurs déclare ensuite que « rien dans ces essais n’est fait pour arriver à proscrire l’usage des pesticides ». Un des buts premiers de Syppre est pourtant de réduire l’usage des phytosanitaires. Mais les agriculteurs bio étaient aussi très intéressés par les résultats, notamment pour les protocoles dans lesquelles était intégré du désherbage mécanique. « Avec ces essais, nous devions fournir des éléments de réponses sur les questions de binage ou de dates de semis en conduite biologique », poursuit Julie Malécot. « Mais avec le fauchage des parcelles binées, les résultats peuvent être faussés. Or, en bio, apporter un conseil erroné peut s’avérer fatal pour la culture. »

Enfin, le 3ème argument des faucheurs était « le manque total de transparence ». Encore raté… Ces essais ont fait l’objet d’une inauguration, le 31 mai dernier, qui a été largement reprise dans la presse locale (voir notre article ici). Quant aux variétés utilisées, les modalités, les protocoles, etc., tout est disponible en ligne, dans les documents remis lors des visites ou, si l’on souhaite approfondir, en demandant aux techniciens. « Depuis le début, nous répondons à toutes les sollicitations. On ne peut pas faire plus transparent », se désole Anthony Cazaban, le technicien en charge de la plateforme.

Trois arguments, trois contrevérités. Et pourtant, confrontés à ces « erreurs », les faucheurs bombent le torse et s’enfoncent un peu plus dans le ridicule. « C’est à eux de nous prouver que le tournesol était classique », est une de leurs réponses. Autre perle : « La parcelle était propre, donc elle devait obligatoirement avoir été désherbée avec des pesticides et pas à la main. »

Pour résumer, les faucheurs détruisent des cultures sur un délit de faciès et une présomption de culpabilité !

Par chez nous, on appelle ça du fascisme…

Communiqué de la FDSEA 31

 

Syppre, qu’est-ce que c’est ?
Pour rappel, les parcelles vandalisées font partie du projet national Syppre. Ce dernier est constitué de 5 plateformes prospectives réparties sur le territoire. Chaque plateforme vise à mettre au point des systèmes de production agroécologiques innovants, en tenant compte des spécificités locales. Dans les coteaux argilo-calcaires du Lauragais, l’irrigation n’est pas possible, ce qui rend  difficile les conditions de culture. Le système cultural expérimenté à Montesquieu vise donc des objectifs ambitieux : accroître la fertilité du sol dans des coteaux soumis à l’érosion, augmenter les cultures dans l’assolement, réduire les intrants de 10 à 40 % et améliorer la rentabilité pour le producteur. Ce système a été élaboré conjointement par des agriculteurs et des techniciens locaux des 3 instituts techniques qui pilotent ce programme*. Le principe est de comparer, dans les mêmes conditions, ce système cultural avec le système classique le plus répandu dans le Lauragais. Pour ce faire, un agriculteur a mis à disposition une parcelle voisine de la station inter-instituts de Montesquieu, où les deux systèmes seront conduits en même temps pendant 10 ans, en situation réelle. Ce programme long, ambitieux et prometteur pour toutes les agricultures (raisonnée et biologique), suscite un vrai engouement. Les parcelles sont ouvertes à tous et agriculteurs, techniciens, scientifiques et étudiants viennent tout au long de l’année pour suivre l’évolution et échanger avec les instituts techniques.

Bref, une belle initiative saluée par tout le monde. Du moins, on le croyait…

* Arvalis Institut du Végétal, Institut Technique de la Betterave et Terres Inovia

 

Allo la Conf’ ? L’administration ?

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Apparemment, rien de choquant à ce genre de tableau…

Au-delà de la violence et de l’inutilité de ce saccage, ce qui choque le plus n’est pas l’ignorance et la mauvaise foi des casseurs. C’est l’assourdissant silence qui entoure ce pathétique épisode. La FNSEA, Jeunes Agriculteurs, les associations spécialisées et les représentants des instituts techniques ont fait part de leur consternation par voie de presse. Et à part eux ? Rien…

Pourtant, nous aimerions sincèrement connaître la position de la Confédération Paysanne sur le sujet. Il faut reconnaître que condamner les actions d’un mouvement qui est né en son sein et dont on relaie systématiquement la parole ne doit pas être chose aisée. C’est médiatiquement bien plus risqué que de se positionner contre l’irrigation ou le glyphosate… Mais peut-être qu’elle ne trouve rien à redire à cette action. Auquel cas il serait bon que les agriculteurs s’en souviennent aux prochaines échéances…

Incompréhensible également, le mutisme de l’administration. Lors de l’inauguration officielle d’Innov-Agri, vitrine de l’innovation et de la haute technologie au service de l’agriculture et de l’environnement, le Préfet de région n’a pas eu un mot pour condamner cette destruction criminelle. Pas de réaction non plus de la DRAAF et du ministère de l’agriculture, alors que Syppre bénéficie pourtant de fonds publics. Silence radio également au Conseil Départemental, partenaire du projet et dont les représentants étaient présents à l’inauguration. Et ne parlons pas du ministère de l’écologie, de France Nature Environnement et consort…

Cette apathie envoie pourtant un signal très clair : Fauchez en paix, braves gens. On peut sans vergogne violer la propriété privée d’un agriculteur, détruire le travail d’un an d’une équipe de techniciens, gaspiller l’argent des agriculteurs qui financent en grande partie ces essais et compromettre un dispositif censé produire des résultats pendant plus de 10 ans. Personne ne pipera mot.

Aux représentants de tous ces organismes, nous n’avons qu’une chose à dire : la trêve estivale est terminée et il est temps de se remettre en marche ! Un peu de courage, il n’est jamais trop tard pour bien faire.

FDSEA 31

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