Guillaume et Guy Benazet pratiquent le pâturage tournant pour limiter les dégâts sur prairie. Quand les clôtures mobiles veulent bien s’enfoncer dans les terres boueuses.

Pluies abondantes, installation éprouvante

Publié le 11 juin 2018

À Plagnole, Guy et Christine Benazet sont inquiets : la pluviométrie record pénalise complètement la constitution du stock fourrager du troupeau. Un coup dur en cette année d’installation de leur fils. La désolation. C’est le seul mot qui vit à l’esprit de Guy Benazet quand il regarde le ciel pluvieux une nouvelle fois ce 30 mai. Il a fait le calcul : 683 mm d’eau sont tombés chez lui en six mois, dont 180 rien que sur les 30 derniers jours. Soit quasiment la pluviométrie moyenne constatée en région Midi-Pyrénées établie à 750 mm.
Cet excès d’eau a complètement chamboulé le calendrier de travaux : les 17 ha de maïs n’ont pas pu être semés, ni les 11 ha de soja. Si l’orge a pu être mise en terre, elle a été asphyxiée par l’eau. Quant au blé, les éleveurs estiment déjà que le rendement va être moindre. Le préjudice devrait porter aussi bien sur la paille, utilisée pour le troupeau de 160 têtes Blondes d’Aquitaine, que sur le grain, vendu en sec. Le bilan sur les prairies n’est pas plus réjouissant : « Généralement, nous faisons plus de fourrages sec qu’humide. À cette période, nous devrions être occupés par les foins et les bêtes devraient pâturer paisiblement. Au lieu de cela, les prairies sont impraticables, nous passons notre temps à essayer de faire du pâturage tournant pour limiter les dégâts sur les pâtures, à déplacer les animaux d’un parc à l’autre », constate Guy Benazet.
Heureusement, 20 ha ont pu être enrubannés et ont permis de faire un réassort du stock de fourrages de 250 boules. « Nous n’avons plus ni foin, ni paille. Sachant qu’un voisin m’a déjà dépanné de 300 boules de paille pour compléter les 400 boules produites l’an dernier, une quantité suffisante en année ordinaire. » Plus grave que la seule organisation des travaux, c’est bien l’alimentation du troupeau qui est devenue préoccupante. Compte-tenu des stocks alimentaires, les éleveurs ont dû déjà donner l’enrubannage, alors que généralement ils démarrent vers le 15 juillet. De même, les animaux ont été sortis, au risque d’abîmer les prairies. « Nous prenons le risque de devoir les réimplanter plus tôt. Mais nous n’avons pas le choix. Les animaux en ont assez d’être enfermés », assure Christine, son épouse. L’inquiétude se lit sur le visage du couple, qui se demande comment il va nourrir le troupeau. « Nous avions acheté les semences de soja et de maïs en morte saison. Les graines sont restées dans le sac, les charges sont là et mettent à mal la trésorerie. Or, l’achat d’aliments coûte très cher », déplore-t-elle. Sans oublier la  déclaration Pac qu’il faudra mettre à jour s’ils se décident à faire du sorgho fourrager en alternative aux céréales.

Année difficile

Guillaume Benazet, leur fils, est tout aussi dépité : « Nous avions des animaux en très bon état d’engraissement à la sortie de l’hiver. Et là, elles maigrissent. Les veaux qui viennent de naître ne bénéficient pas des meilleures conditions de croissance. » Sans compter les conditions sanitaires qui dans cette ambiance humide, sont loin d’être optimum. « Les conséquences sur le troupeau devraient se faire sentir l’année prochaine, avec les avortements, les retards de chaleur,… » prédit Guy Benazet.