Le GNIS a toujours le regard fixé sur l’avenir

Par Sébastien Garcia • 23 fév, 2017 • Catégorie: Aménagement du territoire, Economie, Environnement, Productions Végétales

Comment évalue-t-on la technicité de la filière semences française ? « Nous ne sommes pas les seuls à savoir faire des semences de qualité », reconnaît Gérard Crouau, délégué régional du GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants) Sud-Ouest. « Mais on ne juge pas une filière qu’à cela. Vous avez besoin d’une quantité 100 de semences pour l’année prochaine ? Si vous demandez à des semenciers français, vous aurez entre 95 et 105, selon les années. Vous demandez à nos concurrents d’Europe de l’Est, vous aurez entre 50 et 150… » Lors de son bilan annuel, le délégué régional et la responsable nationale des relations publiques, Delphine Guey, ont à nouveau profité de la présence de médias grand public pour rappeler la force d’un des fleurons de l’économie française et sa contribution à la richesse nationale.

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Les grands chiffres de la filière Semences en France et dans le Sud-Ouest (sources GNIS)

Le Sud-Ouest toujours leader

Malgré la baisse des surfaces de multiplication dans le Sud-Ouest, la région reste leader sur de nombreuses cultures et confirme sa place de première région exportatrice de France. Une pole position que Gérard Crouau souhaiterait voir maintenue dans les années à venir. « Notre terroir s’y prête à merveille », insiste-t-il. « Les conditions pédoclimatiques nous permettent de proposer des semences très tôt. L’Allemagne, par exemple, s’approvisionne ici pour ses semences de colza. Le tissu industriel qui s’est créé autour de la filière, avec des entreprises allant des TPE aux multinationales, est un autre atout du Sud-Ouest. Enfin, les nombreux organismes de recherche scientifique régionaux offre de magnifiques opportunités pour l’avenir de nos filières. » Pour illustrer ce dernier propos, Christian Lascrompes, spécialiste des oléagineux du GNIS, est revenu sur les avancées réalisées avec le projet Sunrise. Basé à Toulouse, le pôle mondial de recherche sur le tournesol a pu, grâce à un partenariat public-privé, réaliser le premier séquençage du génome du tournesol. Une percée technologique qui permettra d’accélérer l’efficacité des programmes nationaux et internationaux de sélection sur le tournesol et la mise sur le marché de variétés améliorées pour leur adaptation aux différentes pratiques agricoles. C’est sur le terrain de l’innovation, que le GNIS suit de très près voire accompagne, que Gérard Crouau a tenu à insister. Pour faire part des opportunités qui se présentent, autant que pour s’inquiéter de l’augmentation des freins réglementaires.

L’avenir passe par les biotechnologies vertes…

Le GNIS veut encourager l’accès aux biotechnologies vertes pour les agriculteurs français. « Si on ne réussit pas à utiliser les nouvelles technologies vertes, nous allons accumuler un retard irrattrapable », prévient Gérard Crouau. Avec un brin d’amertume, il a repris une citation d’une chef d’entreprise italienne qui disait : « Quand il y a une innovation, les américains en font un business, les chinois la copient, les européens la réglementent. » Et le délégué régional d’ajouter : « … et les français l’interdisent. » Delphine Guey est ainsi revenue sur les enjeux des New Breeding Technologies (NBT), ces nouvelles méthodes de sélection au sujet desquelles l’Union Européenne n’arrive toujours pas à décider si elles relèvent ou non de la directive européenne 2001/18 relative aux OGM et ne cesse d’en repousser la définition. L’enjeu est pourtant de taille. « Il faut dix ans et 40 millions d’euros pour mettre sur le marché une nouvelle variété OGM », souligne Delphine Guey. « Or, contrairement à la transgénèse, des nouvelles techniques comme CRISPR-Cas9, n’ajoutent pas des gènes étrangers dans une plante, mais utilisent la machinerie interne de celle-ci, en lui donnant un coup de pouce pour aller réparer un gène présent, mais qui ne s’exprime pas. En outre, ces techniques sont extrêmement simples et rapides à mettre en œuvre, qui plus est pour un coût dérisoire. Les considérer comme des OGM, avec la réglementation, les investissements et le temps que cela induit pour leurs homologations, éliminerait d’office les laboratoires de recherche publics et les semenciers français et européens de la partie. »

… et les champignons

Alors que le GNIS milite pour le maintien et l’adaptation des Certificats d’Obtention Végétale (COV) pour financer la recherche, Gérard Crouau a invité Guillaume Bécard, professeur de biologie à l’Université Paul Sabatier et chercheur au Laboratoire de Recherche en Sciences Végétales (CNRS/Université Paul Sabatier), à venir témoigner des travaux menés dans le cadre d’un partenariat entre recherche publique et entreprises privées. Guillaume Bécard étudie une symbiose végétale très ancienne et très répandue entre la plupart des plantes et des microchampignons, appelés mycorhiziens arbusculaires. Avec son équipe de recherche, il a contribué, ces dernières années, à la découverte des signaux moléculaires et de certains mécanismes ancestraux, impliqués dans la reconnaissance entre les champignons et la plante, qui contribuent au développement et au bon état de santé de cette dernière. Des travaux qui ont permis à l’université, en collaboration avec l’INRA et le CNRS, de déposer un brevet sur de nouvelles molécules naturelles qui stimulent la symbiose des plantes avec les microchampignons. « Nous pensons pouvoir améliorer la productivité d’un très grand nombre d’espèces cultivées », déclarait-il. « On estime qu’un milligramme de nos molécules pourrait suffire à augmenter le rendement de dix quintaux, en diminuant drastiquement le recours aux engrais azotés, à l’irrigation et aux phytosanitaires. » Notons que la Fondation Bill et Melinda Gates finance un grand programme sur la question depuis 2013, dans lequel sont impliquées deux équipes de recherche de l’université Paul Sabatier.

 

Les biotechs pour les nuls
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Selon les opinions, les biotechnologies, c’est génial, c’est révolutionnaire, c’est inquiétant, mais c’est surtout… compliqué. Alors si vous non plus, vous n’y comprenez rien, il n’y a pas de honte à avoir. Par contre, il y a un moyen d’y remédier. Le GNIS a récemment lancé un site internet très complet et très pédagogique pour tout savoir ou presque sur l’amélioration des plantes. Grâce à de nombreux schémas et textes simples d’accès, horizonbiotechs.com vous présente et vous explique les mécanismes et techniques de sélection végétale, depuis ses débuts jusqu’aux plus récentes découvertes en la matière. Que vous soyez agriculteur, parent, professeur, étudiant ou scolaire, ce site devrait vous aider à y voir plus clair et comprendre les enjeux liés à la génétique des plantes.

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