La thérapie de la terre

Par Sébastien Garcia • 26 nov, 2010 • Catégorie: Maraîchage & Horticulture, Vie locale

Une ferme pas comme les autres a vu le jour du côté de Vacquiers, dans le nord toulousain. Claude Rous montre avec fierté l’immense pièce vitrée qui accueille les visiteurs. « C’est un ajout à la façade du vieux bâtiment que nous avons acheté il y a 3 ans », confie-t-il. Car si cette ferme, baptisée Vivaldi par ses nouveaux propriétaires, conserve sa vocation agricole, sa destination est désormais tout autre.

« Le meilleur, sans vouloir l’impossible »

Claude Rous et l’association Marie-Louise ont aménagé une ancienne ferme pour accompagner des personnes handicapées

Créée en 1984, l’association Marie-Louise, que préside Claude Rous, est née de la volonté de parents d’enfants polyhandicapés de pallier le manque de structures d’accueil adaptées, en ouvrant un puis plusieurs lieux de vie dignes de ce nom, avec une équipe de professionnels de l’enfance inadaptée. Elle tient son nom de Marie-Louise Sicard, arrière grand-mère d’une petite handicapée, qui fit don du terrain sur lequel fut construit le 1er bâtiment. « Nous étions de doux rêveurs au début », reconnaît Claude Rous. « Notre devise a toujours été d’offrir à ces polyhandicapés « le meilleur, sans vouloir l’impossible ». Mais nous avons vite été confrontés à la dure réalité de ce genre d’entreprise. Si Marie-Louise a pu voir le jour et devenir ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à une formidable chaîne de solidarité qui s’est créée autour de ce projet. Parents, amis, mécènes, sponsors, médias, élus, tous ont contribué à boucler le budget nécessaire et lancer la dynamique. 25 ans après, les résultats sont là. » Cette diversité d’acteurs et de bénévoles s’est donc naturellement transposée au mode de fonctionnement de Marie-Louise. À ce jour, l’association compte 600 adhérents dont seul un quart a des liens de parenté avec les pensionnaires. « Nous sommes ouverts à tout et à tous », insiste Claude Rous. « C’est ce qui fait notre force. Ce qui explique aussi que nous ayons progressivement accueilli des personnes ayant des problèmes psychiques et non plus seulement physiques, puis des personnes souffrant d’Alzheimer ou d’autisme, et ce quel que soit leur âge. Nous avons désormais deux maisons d’accueil spécialisées (MAS) à Gratentour et Saint Alban, un foyer d’accueil médicalisé (FAM) à Gratentour, une maison de vie à Pechbonnieu et enfin la ferme de Vacquiers. »

Le bonheur est dans le pré

Dernier (et non ultime) projet, l’association Marie-Louise a acquis en 2007, un corps de ferme et 2 ha de terres adjacentes, financés aux ¾ sur ses fonds propres. Elle l’a rénovée et aménagée pour pouvoir accueillir, en externat, une quinzaine d’adultes handicapés mentaux, du FAM de Gratentour. « Nous avons voulu cette ferme comme un atelier interactif autour du travail de la terre », explique Claude Rous. « Nos pensionnaires ne subissent pas les activités mais en sont des acteurs à part entière. Ils y font du maraîchage, de l’horticulture, d’arboriculture et même un peu de raisin de table. L’idée n’est pas de produire mais de montrer aux pensionnaires qu’ils sont capables, certes à leur rythme, de faire de belles choses par eux-mêmes. Et là où on voit que la formule a marché, c’est qu’ils ont commencé à vendre leur production à leurs proches et à nos adhérents. La ferme fonctionne depuis le 15 janvier dernier et, déjà, ils ont pu partir à 18 en vacances en Vendée, pendant une semaine, il y a 15 jours, rien qu’avec le produit de leurs ventes ! » Mais l’association ne compte pas en rester là. Elle a récemment acheté (non sans mal) 6 ha supplémentaires qui jouxtaient la ferme et va démarrer une activité autour du cheval. Ceux-ci s’ajouteront aux quelques animaux déjà présents. En effet, un âne, des cochons vietnamiens, des moutons, des chèvres et quelques volailles animent le quotidien des pensionnaires mais aussi des invités. Car des crèches, des écoles ou des associations viennent également profiter du site, davantage dans un but de détente et de découverte. Toujours cet esprit d’ouverture cher à Marie-Louise. « Nous allons mettre en place un centre équestre adapté pour les personnes handicapées », poursuit Claude Rous. Mais l’association proposera aussi des ballades et randonnées pour tous. Le but étant de créer du mouvement et de la vie autour des pensionnaires, de les intégrer le plus possible à la vie normale. Pour le Président de l’association, le succès réside dans la simplicité. « Pas besoin de ballades en hélicoptère ou autres activités mirobolantes pour offrir une vie meilleure à ces gens », déclare-t-il. « Accompagner un handicapé n’est pas faire les choses à sa place. Un peu de temps et d’engagement de tous, allié à des activités simples mais interactives, donne de bien meilleurs résultats. » Si, vous aussi, vous avez un peu de temps ou souhaitez aider d’une façon ou d’une autre cette association, vous trouverez toutes ses coordonnées sur le site Internet www.marie-louise.org. « Il suffit parfois de trois fois rien », termine Claude Rous. « Une idée, un conseil, un contact peuvent souvent faire beaucoup plus qu’un simple don. »

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