BRUXELLES INTERDIT LES NÉONICOTINOÏDES

Par Sébastien Garcia • 30 avr, 2013 • Catégorie: •

La Commission européenne va interdire pour deux ans l’usage des trois principaux insecticides néonicotinoïdes (clothianidine, thiamethoxame et imidaclopride) en enrobage de semences, en traitement de sol et en pulvérisation sur les cultures attractives pour les abeilles. Le traitement des cultures attirant les abeilles sera exceptionnellement possible pour les cultures sous serre et les cultures de plein champ après la floraison. Le vote des États membres en comité d’appel, le 29 avril, n’a pas permis de dégager de majorité qualifiée pour ou contre la proposition de la Commission européenne, la décision revient donc à Bruxelles qui va « dans les prochaines semaines » adopter ce moratoire. Quinze pays, dont la France l’Espagne et l’Allemagne, ont voté pour cette interdiction, huit dont le Royaume-Uni et l’Italie s’y sont opposés et quatre se sont abstenus. Lors de la réunion du 15 mars du Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, 13 États membres avaient voté pour la suspension proposée. En un mois, l’Allemagne a rejoint le camp des pays favorables à l’interdiction, mais l’Italie (qui avait voté pour) et le Royaume-Uni (qui s’était jusqu’à présent abstenu) s’y opposent désormais. Le texte qui devait à l’origine entrer en vigueur dès le 1er juillet, ne sera mis en application qu’à partir du 1er décembre, de nombreux agriculteurs ayant déjà acheté leurs semences.

Une décision saluée par les uns…

L’Union de l’apiculture française, l’Unaf, et l’association Générations futures ont salué la décision de la Commission européenne de suspendre trois insecticides néonicotinoïdes pendant deux ans. Pour Olivier Belval, le vote qui a eu lieu le 29 avril « marque enfin la reconnaissance du combat des apiculteurs et de l’Unaf contre ces insecticides neurotoxiques ». L’Unaf aimerait cependant une interdiction sur toutes les cultures. Le ministre de l’Agriculture s’est quant à lui réjoui de ce moratoire « à l’échelle européenne, qui seule permet une protection efficace des abeilles tout en préservant la compétitivité des agriculteurs français par rapport à leurs collègues européens ».

… et qui provoque chez les autres une levée de boucliers

Pour Orama, la suspension des néonicotinoïdes signifie que « des moyens de protection efficaces seraient à nouveau écartés sans démonstration probante de la boîte à outils des producteurs qui subiraient ainsi une moindre productivité de leurs cultures ». L’organisation voit dans l’absence de majorité qualifiée au sein des États une démonstration des « doutes importants qui pèsent dans ce dossier ». Les industriels ont aussi déploré l’annonce de Bruxelles. Cette proposition « est basée sur une interprétation politique du principe de précaution », a déploré Jean-Charles Bocquet, directeur général de l’Union des industriels de la protection des plantes (UIPP). Et d’ajouter : « Nous avons le sentiment que ces innovations majeures ont été sacrifiées. » De son côté, l’agrochimiste Syngenta a estimé que la proposition de la Commission « manque de rigueur scientifique et ignore les nombreuses données venant du terrain qui démontrent que ces insecticides ne nuisent pas à la santé des abeilles. (…) La Commission devrait saisir l’occasion pour s’attaquer aux causes réelles du dépérissement des abeilles : virus, maladie, perte d’habitat et nutrition. »

AgraPresse