Confinement : les produits locaux plébiscités ?

Avec la fermeture des marchés de plein vent et les déplacements à limiter, de nombreuses initiatives afin d’alimenter les français ont vu le jour à travers l’Hexagone. Et l’Occitanie n’est pas en reste.

La mise en place du confinement, dès le 17 mars, a bouleversé la vie quotidienne de bon nombre de français : télétravail au quotidien, garde d’enfant à assurer, mise en place d’attestations de déplacement afin de pouvoir circuler, couvre-feu dans certaines villes, etc. Pendant cette période, certains ont semble-t-il attrapé le virus de la course à pied. Et ce n’est pas le seul changement de comportement qui est constaté : il y a aussi la volonté de s’approvisionner auprès de producteurs fermiers locaux. Ce qui, dans un tel contexte, n’est pas surprenant, comme nous l’indique Éric Birlouez, ingénieur agronome (AgroParisTech), et sociologue de l’agriculture et de l’alimentation.

L’alimentation locale, un remède face à l’anxiété

« Les produits fermiers locaux connaissent, d’une manière générale, un essor. Dans le contexte actuel, il y a la contrainte de devoir faire les courses à proximité de son domicile, en sachant que de nombreux marchés de plein vent sont fermés. Quand on est en milieu rural, on a forcément dans ses environs immédiats un agriculteur. Parfois, c’est moins loin que d’aller à l’hypermarché », relate en outre le sociologue.

Autre point et non des moindres pour expliquer le succès du moment : le produit fermier local serait, d’un point de vue plus sociologique, rassurant. En effet, on sait d’où il vient, on sait qui l’a produit et on sait, aussi, qu’il n’a pas été manipulé par une quinzaine de personnes. Car l’hygiène, qui plus est lors d’une crise sanitaire, est aussi une problématique majeure.

Des drives fermiers qui ont la cote

L’offre s’est par ailleurs adaptée. « Des agriculteurs qui vendaient jusqu’alors sur les marchés se sont organisés, au travers de livraisons notamment », poursuit-il. Si certaines initiatives sont individuelles, d’autres sont collectives. À l’instar du drive fermier mis en place depuis le 6 avril par la mairie de Fronton. Chaque soir, du lundi au vendredi, deux agriculteurs viennent ainsi livrer des produits préalablement commandés.

Guillaume Britz est maraîcher à Mondonville. Il commercialise habituellement ses produits dans une amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne). La création d’un drive fermier était un projet. « Le confinement a un peu précipité les choses. Cela m’a permis de le lancer », raconte-t-il. Une page sur le réseau social Facebook a ainsi été créée ; un site Internet a également été mis en place. « C’est encourageant, ce sont les mêmes personnes qui reviennent de semaines en semaines. Nous avons aussi la chance d’être dans une zone urbanisée, au nord de Toulouse et au bord d’une route nationale », note-t-il encore.

Des produits fermiers occitans livrés à domicile

La région Occitanie a pour sa part lancé le 24 mars dernier une plateforme numérique afin de favoriser la livraison de produits frais locaux. Un nouvel appel au consommer local, mais aussi la volonté d’aider les producteurs et commerçants du secteur alimentaire du territoire à maintenir leur activité économique. Concrètement, les professionnels proposant la livraison à domicile de leurs produits peuvent y être répertoriés gratuitement. L’internaute, lui, n’a qu’à se géolocaliser pour découvrir les producteurs situés à proximité de son domicile.

Antonin Marty, éleveur à Merville (volailles de chair, porcs), a depuis longtemps choisi de commercialiser ses produits en vente directe, afin de gagner en valeur ajoutée. Ses jambons, terrines, saucisses et pâtés sont ainsi vendus à la ferme, mais également sur des marchés de plein vent. Son meilleur chiffre d’affaires de la semaine, c’est d’ordinaire celui de Grenade-sur-Garonne. Mais actuellement, celui-ci ne peut se dérouler.Il peut néanmoins installer son étal à Cornebarrieu et Lévignac. « Les marchés, ça reste moyen. Il n’y a pas plus de monde qu’avant, voire même un peu moins », commente-t-il. Le jeune agriculteur s’est également rapproché, un temps, de la grande distribution. Avant de se raviser. « La GMS est venue vers nous, mais ce n’était pas intéressant. Il fallait que l’on fasse leurs prix », précise-t-il. Sa stratégie n’allait donc pas changer : viser directement les particuliers. C’est dans ce contexte qu’il s’est inscrit sur la plateforme mise en place par la région Occitanie, afin de développer les livraisons à domicile. « Cela me permet d’acquérir de nouveaux clients, de me faire connaître, continuer à servir des clients qui ne peuvent pas se déplacer à la ferme, etc. », explique-t-il. Afin que ce nouveau débouché soit rentable, il a fixé ses propres règles : un rayon de 20 kilomètres au maximum, un seul jour de livraison et 20 euros d’achat minimum. Et ça cartonne ! Même si cela demande beaucoup de travail. « Le chiffre d’affaires est en hausse. Cela nous fait de bonnes journées, je suis plutôt content. Nous avons adapté notre organisation. Cependant, aujourd’hui, on ne produit pas assez par rapport à la demande. En œufs, on aurait pu tripler les volumes. En porcs et volailles, on aurait pu les doubler », indique-t-il encore. Avant de poursuivre : « Il y a beaucoup de ventes et de commandes à préparer. On ne peut pas se plaindre car d’autres secteurs économiques ne peuvent pas travailler. Mais j’aimerais quand même que ça se calme un peu ».


Reste désormais à savoir si l’engouement de la population pour les produits fermiers locaux restera le même après le début du déconfinement.

Aurélien Tournier

Auteur de l’article : Aurélien Tournier

Journaliste.