Jean-Claude Labit faisait le bilan de 15 années de vie coopérative.

Jean-Claude Labit passe la main

Publié le 12 février 2015

15 ans après son arrivée à la présidence de la coopérative Coopéval, Jean-Claude Labit annonçait officiellement l’arrêt de ses responsabilités professionnelles au sein d’Euralis, le 29 janvier 2015 L’occasion pour lui de revenir sur les faits marquants de cette aventure et de donner son point de vue sur l’évolution du monde coopératif.

Une transition bien préparée

La coopération, il est tombé dedans très vite. De fait, installé en 1999 à Castelnau d’Estrètefonds, Jean-Claude Labit sera élu la même année à la présidence de Coopéval ! Un concours de circonstance plutôt qu’une ambition de sa part. « La situation était compliquée dans la coopérative », explique-t-il. « L’équipe dirigeante a été renouvelée et quand on m’a proposé la présidence, j’ai accepté. » Il faut dire que son parcours atypique avait de quoi susciter l’intérêt. Jusqu’alors directeur technique d’une société de produits phytosanitaires, Jean-Claude Labit s’est installé agriculteur par passion, à 47 ans. Une passion qu’il vivait déjà à temps partiel puisqu’il était pluriactif depuis 1992, sur l’exploitation d’une cinquantaine d’hectares de son père. Il a ainsi acquis une vision large du monde agricole, qui lui servira précieusement lors des multiples évolutions qui marqueront la coopérative jusqu’à sa fusion avec Euralis, en 2014. C’est d’ailleurs ce rapprochement des deux coopératives, sur lequel il a longuement travaillé ces dernières années, qui l’a amené à envisager de passer le relais. « Après 15 ans, j’estime qu’il faut laisser la place aux plus jeunes, qui auront une vision sans doute plus moderne que la mienne », déclare-t-il. « J’ai donc profité de la fusion programmée entre Coopéval et Euralis pour essayer de préparer au mieux mon départ. Il s’agissait, d’une part, de permettre à ceux qui me succèderaient de le faire dans les meilleures conditions et, d’autre part, de mettre en place une gouvernance qui permette aux adhérents de l’ex-Coopéval d’avoir les moyens de mieux s’approprier ce bel outil qu’est Euralis. »

Jean-Claude Labit insiste : les coopératives sont des structures créées par les agriculteurs, pour les agriculteurs. Il ne faut pas perdre de vue cette filiation, même si la taille de ces dernières augmente régulièrement. « Ces agrandissements ne sont que le résultat d’une nécessité économique », estime-t-il. « En 1992, les Silos Garonnais et la Coopérative de Muret ont fusionné. Puis, s’y sont ajoutés la Coopérative Agricole de la Région Toulousaine, spécialisée en maraîchage et viticulture, et la Cave de Peyssies, pour former Coopéval. Que ce soit pour nous, comme pour les autres coopératives, il y a un rapprochement à chaque décennie environ. Pour Coopéval, l’enjeu était d’arriver à peser économiquement, en termes de volumes. Que ce soit pour la vente de nos productions ou pour nos achats. C’est une des raisons pour lesquelles nous nous sommes rapprochés d’Euralis. »

L’avenir est à la proximité avec l’agriculteur et la collaboration entre organismes

S’il ne sait pas si cette croissance pourra se faire indéfiniment, ni même si cela est souhaitable, Jean-Claude Labit est par contre sûr d’une chose : la maîtrise doit rester à l’agriculteur. L’éloignement entre l’adhérent et la direction est un risque qu’il ne faut pas prendre à la légère. C’est précisément ce à quoi il a travaillé ces dernières années. « La proximité avec le terrain est indispensable », poursuit-il. « C’est pourquoi, depuis que nous travaillons au rapprochement entre nos deux structures, nous avons élaboré un système de gouvernance qui prenne en compte les spécificités de chaque secteur. » Euralis est donc divisé en 4 territoires : Adour-Leyre et Piémont-Coteaux, les secteurs « historiques » d’Euralis, le territoire bordelais, plus spécialisé en viticulture, et le territoire toulousain, berceau de Coopéval. Pour chaque territoire, un Vice-Président est élu, qui siège au bureau d’Euralis. Cette fonction, exercée jusque-là par Jean-Claude Labit, est maintenant reprise par Daniel Salviac. Le territoire est animé autour d’une commission territoriale composée d’élus et d’agriculteurs volontaires pour proposer, échanger sur les orientations. Puis chaque territoire est divisé en bassins de vie, pour coller encore plus aux spécificités et aux attentes locales. Pour le territoire de Toulouse, il y a le bassin Nord, représenté au Conseil d’Administration d’Euralis par Marie-Blandine Doazan, et le bassin Sud, représenté par Bernard Ader. « Il faut que les coopératives renforcent leur présence locale », insiste Jean-Claude Labit. « Sinon les adhérents n’auront qu’une relation client/fournisseur avec leur coopérative, alors qu’elle est avant tout un partenaire. Mais les agriculteurs doivent aussi voir ce que les coopératives leur apportent. Semences, productions nouvelles, mise en marché, contrats pluriannuels, communication, etc., sont des solutions parfois sous-estimées ou sous-utilisées, auxquelles un producteur seul n’aurait jamais les capacités d’accéder. Aux agriculteurs de savoir s’en saisir. Un partenariat, ça marche dans les deux sens… »

Avec les nouvelles technologies (drones, satellites, …), la réglementation plus contraignante ou encore la gestion stratégique et financière beaucoup plus pointue des exploitations, l’agriculteur aura des besoins croissants de formation et d’accompagnement. « Pour y arriver au mieux, je suis intimement persuadé que les organismes économiques et les organismes professionnels devront travailler en partenariat et se répartir les tâches », analyse Jean-Claude Labit. « La concurrence entre structures n’est pas la solution. Faisons donc correctement ce que l’on a à faire – et ce que l’on sait faire – et créons des collaborations où chaque organisme développera au maximum ses compétences, au service commun de l’agriculture. » Un souci du collectif et d’ouverture qui a toujours animé Jean-Claude Labit dans son action au cours de ces 15 dernières années et qui, de son aveu même, lui ont procuré les plus grandes satisfactions professionnelles.

Joies et déceptions

S’il a énormément apprécié les rencontres et échanges fructueux avec le monde agricole et économique au sens large, il revient toutefois sur deux déceptions qui ont marqué son mandat. Tout d’abord, l’arrêt de la filière chanvre et la fermeture d’Agrofibre, l’usine de défibrage de Cazères. « Initié avec Daniel Salviac et une équipe motivée de Coopéval, ce projet allait dans le sens de l’histoire et l’actualité continue de le confirmer », se souvient-il. « Mais on peut avoir le plus grand projet du monde, si l’économie ne suit pas, cela ne marche pas. Et c’est ce qui nous est arrivé. Même si ce projet a reçu un accueil fabuleux des politiques, au moment de passer à l’acte – que ce soit à la production pour l’agriculteur, ou à l’achat par le client – c’est toujours le marché qui dicte sa loi. Notre modèle économique n’était peut-être pas adapté à cette période de crise, ou alors nous étions un peu trop en avance, en tout cas, c’est pour moi un échec regrettable. » L’autre déception est le procès intenté par la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale pour discrimination syndicale. Même si le tribunal de Toulouse (en 2013) l’a entièrement blanchi de tout soupçon, il est amer. « Qu’on ait des visions différentes de l’agriculture, je l’accepte », lâche-t-il. « Mais être traîné en justice et mettre en doute mon honnêteté dans les médias, alors que les adhérents des syndicats qui nous poursuivent n’ont jamais abordé le sujet au sein de nos instances internes, ça fait mal. Et je ne peux même pas dire que ce n’est plus qu’un mauvais souvenir puisque les plaignants font appel et que je retourne devant le tribunal en mars. »

Mais pour l’heure, Jean-Claude Labit veut profiter de la nouvelle vie qui s’annonce. Il se réjouit d’avance d’être plus présent sur son exploitation. « Je vais enfin pouvoir épauler correctement mon associé, François Andorno, un agriculteur à Castelnau avec qui je travaille de longue date dans le cadre d’une mise en commun de nos moyens d’exploitation », explique-t-il. « Je pense que je vais aussi mettre à profit mon temps libre pour reprendre sérieusement le sport. » En attendant de retrouver une existence plus paisible, Jean-Claude Labit doit encore affronter une dernière épreuve : les nombreux hommages qui arrivent d’un peu partout, depuis l’annonce de son départ lors des Assemblées Générales de territoires. Des éloges reçus avec un peu d’embarras de la part de cet homme qui a toujours préféré mettre en avant ses équipes. Mais qu’on se rassure, il devrait pouvoir s’en remettre…