Un mal de chien pour créer son élevage canin

Publié le 27 décembre 2016

Depuis toujours, Cécile Demblans, 29 ans, adore les chiens. Cela fait 11 ans qu’elle a deux dogues argentins qu’elle a fait concourir avec succès dans toute la région. Cela fait 10 ans qu’elle sait qu’elle en fera son métier. Cela fait 9 ans qu’elle se forme en éthologie (science du comportement animal) et en éducation canine pour créer un élevage et une ferme d’accueil autour du monde canin. En décembre 2016, cela fera 6 ans qu’elle galère et se bat pour avoir le droit de débuter son activité…

Parcours d’obstacles

Elle ne veut pas baisser les bras. La passion pour les chiens que Cécile Demblans a développée depuis ses premiers concours canins et la première portée de sa chienne n’a pas faibli malgré les obstacles. En 2010, elle achète un terrain d’un hectare et demi sur la commune pour y créer son élevage. L’emplacement est idéal, à 1 km du bourg et 300 mètres des 1ères habitations. « Mon voisin le plus proche, c’est le cimetière », sourit-elle. « Je ne pensais donc pas avoir de problème pour m’installer ici. » Et pourtant, cela fait maintenant presque 6 ans que la jeune femme mène un bras de fer avec la mairie de Mérenvielle pour… avoir un transformateur électrique, indispensable au démarrage de son activité. Ses tentatives de résolution auprès du Maire et du conseil municipal s’étant soldées par des échecs, elle sonne à toutes les portes possibles et imaginables : Chambre d’Agriculture, Conseil Départemental, communauté de communes de la Save Touch, maires des communes voisines, etc. Tout le monde s’accorde à dire que le projet est viable, que Cécile Demblans dispose des diplômes et autorisations requis et que d’un simple point de vue administratif, il ne devrait pas y avoir d’opposition à sa réalisation. C’est le syndicat des Jeunes Agriculteurs 31 qui a fait bouger les choses. Sollicités par Cécile Demblans, ils ont étudié le dossier et, convaincus de sa solidité, ont entrepris de le faire avancer. Les démarches ont abouti à une rencontre, en février dernier, avec le Secrétaire Général de la Préfecture, Stéphane Daguin, en présence du maire de Mérenvielle, Raymond Allègre. « Stéphane Daguin a été d’un grand secours », reconnaît la jeune femme. « Très étonné du blocage de ce dossier, il s’est fermement engagé pour trouver une solution et s’est quasiment porté caution de ma bonne foi ! Nous devrions signer un protocole amiable avec la mairie pour éteindre nos différends et enfin me permettre d’avancer. C’est fou de devoir en arriver là pour un simple élevage canin. Mais je veux tourner la page et commencer à vivre de ma passion. »

La filière canine victime de préjugés coriaces

Entre-temps, Cécile Demblans n’est pas restée les bras croisés. En 2012, elle crée une association « Éducation canine 31 ».

Sur un terrain prêté par sa sœur, agricultrice et éleveuse de chevaux à Lasserre, elle reçoit des propriétaires de chiens de tout le secteur, pour des séances individuelles ou collectives d’éducation canine, des formations comportementales, des ateliers de prévention « Enfants et chiens », etc. Cécile propose également des sorties et randonnées dans la région, aux 90 adhérents de l’association. « Cela marche très bien », se réjouit-elle. « Depuis le 1er juin, je suis affiliée à la MSA comme éducateur canin. C’est un début de reconnaissance et un moyen de prouver ma crédibilité. » Crédibilité, le mot est lâché. Car la filière canine souffre d’un apriori né de la longue histoire entre l’homme et le chien. Faire naître et élever des chiens chez soi se fait depuis la nuit des temps et la majorité des gens pensent en être capable. « On n’est clairement pas pris au sérieux, ni par le grand public, ni par les banques, quand on annonce qu’on est éleveur de chiens professionnel », se désole Cécile. « Soigner ses animaux, faire de la sélection génétique, participer à des concours, etc., tout ce qui est reconnu pour l’élevage bovin, ovin, équin, etc., ne l’est pas pour les chiens. Un élevage canin est presque tout le temps considéré comme un hobby et non un métier à part entière, alors que sa réglementation est très stricte. Dans ces conditions, pas étonnant qu’on doute, par exemple, de vos besoins d’avoir un logement à proximité de votre élevage… »

Le chien, miroir de l’homme

La surveillance de ses chiens avait pourtant l’air de poser quelques inquiétudes lors d’une réunion publique qui s’est tenue dans la commune sur son  projet. Divagation, aboiements excessifs ou dangers pour les enfants figuraient parmi les questions posées par les habitants. Là aussi, Cécile y voit le poids de vieux préjugés, mais aussi des dérives des élevages de particuliers. « Les gens ont tout de suite l’image d’une meute de chiens de chasse hurlant dans une cage », soupire-t-elle. « Ce sont juste des animaux qui s’ennuient ferme et l’expriment. Un chien qui aboie est un chien qui ne va pas bien. Auparavant, les chiens vivaient en liberté dans les villages et la cohabitation avec l’homme se passait bien. Aujourd’hui, les chiens sont enfermés dans les jardins ou les maisons et se sont mis à développer des pathologies humaines (stress, dépression, agressivité, …). Quant aux chiens d’élevage de particuliers, outre qu’ils sont souvent illégaux, je vois arriver à l’association beaucoup de bêtes, achetées parfois au noir, qui ont de gros problèmes de comportement. Un chien bien sociabilisé et équilibré est pourtant un super médiateur pour la famille. Il est capable de vous faire grandir, vous changer, vous apprendre la patience et la responsabilité, etc. Il y a un énorme travail à faire en France sur la compréhension et l’approche du chien et je compte bien y prendre part. » Le projet de Cécile Demblans va en effet bien au-delà du seul élevage de chiens. Son but est de créer une ferme d’accueil qui regroupe élevage, éducation, formation, pension, gardiennage, animations et vente de nourriture et accessoires. Avec un français sur trois qui possède un chien ou un chat, ce ne sont pas les clients qui manqueront. Si toutefois elle parvient à s’installer un jour…

 

Auteur de l’article : Sébastien Garcia