Terralba mise sur l’organique

Par Sébastien Garcia • 2 sept, 2015 • Catégorie: A LA UNE, Agriculture bio, Economie, Galeries photos, Maraîchage & Horticulture, Vie locale

C’est l’histoire de deux jeunes gens que rien ou presque ne prédestinait à travailler dans les métiers de la terre. Rien, si ce n’est une passion commune pour la nature et l’environnement. Sophie Dauzan, 37 ans, et Xavier Philiponet, 39 ans, ont créé Terralba en 2014, une société de vente d’engrais organiques par internet. Devant le succès de la boutique en ligne, ils ont décidé de passer du virtuel au physique en ouvrant leur première jardinerie 100% Bio à Montjoire, dans le nord toulousain, le 27 juin dernier.

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Une boutique qui marque une étape importante dans la belle aventure entreprise par Sophie Dauzan et Xavier Philiponet (plus de photos en cliquant ci-dessus)

De la culture à l’agronomie

Voyageur né, Xavier Philiponet parcoure le monde depuis qu’il a 20 ans. Outre ses voyages personnels, il sillonnera plus de 25 pays comme « Tour Manager » de groupes de musiques. Féru de lettres, il sera par la suite écrivain et éditeur d’ouvrages de poésie, de romans et de nouvelles, autour du thème du voyage et de la résilience. De ce parcours pour le moins atypique, il tirera de nombreux enseignements et se forgera une philosophie de vie tournée vers la simplicité. Un précepte que ce fils d’étudiants en agronomie va également appliquer à son autre passion : le jardinage. « Il existe depuis longtemps des procédés naturels simples, avec peu ou pas du tout de transformation, qui peuvent être des réponses concrètes et durables à la gestion de nos sols et de nos cultures », estime-t-il. « Ce sont ces procédés oubliés ou délaissés que j’avais envie de réhabiliter. » Un projet qui ne pouvait que séduire sa compagne, Sophie Dauzan. Diplômée en histoire de l’art de l’art et politiques culturelles, elle bifurque rapidement dans l’environnement, en conduisant divers projets d’envergure dans le secteur éolien puis photovoltaïque, en France et à l’international. Revenu s’installer dans la région, le couple décide d’unir ses compétences réciproques et de s’investir pleinement dans la création d’une entreprise qui corresponde à leur vision de l’environnement. L’aventure Terralba pouvait commencer. « Nous sommes partis du constat que les jardiniers amateurs utilisent les mêmes intrants chimiques que dans l’agriculture », explique Xavier Philiponet. « À la différence que les agriculteurs raisonnent leurs apports et travaillent de grandes surfaces. Tandis que les particuliers ont la main très lourde sur ces produits et font plus de mal que de bien à leurs sols et leurs cultures. Alors qu’ils pensent produire mieux que l’agriculture conventionnelle, ils mettent des doses dangereuses pour eux et leurs plantes. C’est donc vers ce public que nous avons voulu débuter notre activité. »

Vieilles recettes mais nouvelles marmites

C’est sur internet qu’ils font leurs premiers pas. Ils créent une boutique virtuelle sur le site de vente en ligne Ebay, où ils proposent aux particuliers une gamme d’engrais et d’amendements organiques originaux. Déjections d’insectes et d’animaux (lombricompost, guano de chauves-souris ou de vers de farine), minéraux en poudre (basalte volcanique, zéolithe, sel d’Epsom, …), ou encore huile de Neem, ces produits ne sont pas nouveaux. « Le rôle de ces amendements dans l’amélioration de la constitution organique des sols est connu depuis longtemps », explique Sophie Dauzan. « Mais leur mise à disposition dans un même lieu, l’approvisionnement en petits conditionnements ou encore la façon de les utiliser correctement et/ou de les combiner entre elles manquaient cruellement à leur diffusion. Terralba a donc pour but de proposer de vieilles recettes, mais remises au goût du jour, avec des modes d’application et du matériel modernes. » La jeune société commercialise ainsi des pots plutôt novateurs en géotextile. Inventé par des arboriculteurs californiens, les « Root Pouch » sont fabriqués à base de fibre de coton et des bouteilles en plastique recyclées. Légers, utilisables en intérieur comme en extérieur, lavables, recyclables, leur principal atout est d’être perméable à l’air et à l’eau. Cela permet au système racinaire de se développer dans tout le pot grâce à l’apport accru d’oxygène, et aux plants d’être mieux protégés, le pot servant à réguler la température autant que l’hygrométrie.

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Sophie et Xavier, devant quelques uns des produits qu’ils proposent, dont les fameux Root Pouch, vendus en différentes tailles

L’autre « best seller » de Terralba est un kit pour fabriquer du Thé de Compost Oxygéné (TCO). Ce liquide est le résultat d’un compost qui a fermenté à l’air (en aérobie), contrairement au purin obtenu par trempage et donc à l’abri de l’air. « Le TCO est très peu connu en France », précise Sophie Dauzan. « Pourtant, il permet de reconstituer la vie microbienne des sols, d’améliorer les capacités d’absorption des plantes et de concurrencer les organismes pathogènes en réintroduisant régulièrement des concurrents bénéfiques. Nous l’avons testé chez nous depuis plusieurs années et nos clients sont unanimes : les légumes produits avec le TCO sont plus gros, plus goûteux que d’habitude et nécessitent moins de traitements. »

Techniciens et chercheurs au chevet de l’organique

Même s’ils sont en « apprentissage permanent », comme ils le disent, Xavier et Sophie n’ont pas de formation agronomique ou agricole. En plus d’expérimenter chez eux et de dévorer tous les écrits disponibles sur la fertilisation, il leur était impératif de bien s’entourer tout au long de leur démarche. « Tous nos produits sont certifiés conformes à la législation et utilisables en agriculture biologique », poursuit Xavier Philiponet. « Mais au-delà de l’aspect réglementaire, nous voulons aller plus loin dans la compréhension du fonctionnement de ces amendements et engrais, et dans la diffusion de ce savoir-faire. Si nous voulons être crédibles dans notre démarche, nous nous devions de prouver que nos produits apportent une réelle plus-value aux cultures. » Le couple a donc contacté des maraîchers locaux, des ingénieurs agronomes, des techniciens et des chercheurs, pour travailler à l’étude et l’amélioration tant des produits que des techniques d’application. Un jeune diplômé du lycée agricole de Fonlabour à Albi, qui se lance en maraîchage, mène actuellement une expérimentation 100% organique sur sa parcelle de 2ha. En novembre 2014, Terralba intègre le programme Innov’Action. Durant 6 mois, une équipe de 7 futurs ingénieurs vont notamment conduire des tests sur le TCO. Actuellement, les deux fondateurs de Terralba se rapprochent du CRITT* Bio-Industrie de Toulouse, avec le soutien de l’agence de développement économique MADEELI, afin d’approfondir ces tests. Le but est de caractériser une solution de TCO qui soit stable, homogène et performante. « Ces différents échanges ont aussi donné lieu à de bonnes surprises », sourit Sophie Dauzan. « C’est en rencontrant le créateur de la fameuse société Micronutris, qui commercialise des aliments à base d’insectes, que nous avons découvert qu’ils ne savaient pas quoi faire des déjections des vers de farine qu’ils élèvent. Or, c’est un engrais organique de premier ordre. Nous avons donc proposé de lui acheter ce « guano » de vers que nous commercialisons dans notre boutique. »

Les professionnels sont aussi intéressés

Une chose est sûre, Terralba ne peut pourvoir aux besoins d’une exploitation agricole. Mais si la cible première reste le jardinier amateur, des horticulteurs, maraîchers et paysagistes se sont montrés très intéressés par les diverses solutions proposées par la société. « Avec l’interdiction probable de vente des produits phytosanitaires au grand public et la demande sociétale croissante pour des solutions alternatives pour l’aménagement paysager, nous intéressons clairement les professionnels », poursuit Xavier Philiponet. « L’ouverture de la boutique nous a permis de disposer d’un vitrine où nous pouvons montrer nos produits, ainsi que leurs effets sur les plantes exposées dans le magasin. Plusieurs professionnels ont ainsi pu venir constater et surtout échanger avec nous sur ces méthodes, leurs avantages ou encore leurs contraintes. Ce sont à chaque fois des moments riches et instructifs qui nous permettent aussi de progresser dans la compréhension des besoins et attentes de ces clients potentiels. » Que vous soyez professionnel ou jardinier amateur, allez faire un tour du côté de Montjoire discuter 5 minutes avec ces deux passionnés qui, loin de tout militantisme, essaient de faire progresser la compréhension de la vie d’un sol.

 

* Centre Régional d’Innovation et de Transfert de Technologie
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