Les céréales pour booster la croissance et l’emploi

Publié le 5 décembre 2013

La filière céréalière fait partie du petit nombre des « secteurs qui marchent » de notre économie nationale. Cultivées sur 9 millions d’hectares, les céréales françaises s’invitent chaque jour à nos tables. Présentes dans nos paysages, elles sont aussi source d’innovations dans la recherche d’alternatives au pétrole pour inventer de nouveaux matériaux et produire de l’énergie. Mais combien de nos concitoyens en ont-ils conscience ? « L’agriculture disparaît du quotidien des français, qui ont de moins en moins de proches travaillant la terre », analysait Geneviève Cazes-Valette, Docteur en anthropologie et ethnologie, le 28 novembre dernier à l’école de commerce Toulouse Business School. « Du coup, c’est l’imaginaire qui prend le relais, avec une vision malheureusement tronquée. » Elle participait, aux côtés de plusieurs experts, professionnels et décideurs locaux et nationaux, à une soirée organisée par Passion Céréales sur le thème « Et si la croissance en Midi-Pyrénées se nourrissait de céréales ? ».

Le « pouvoir vert », pilier des civilisations

« De tout temps, l’agriculture a été source de puissance et de liberté des grandes civilisations », rappelait Dominique Reynié, Directeur de la Fondation pour l’Innovation Politique. « Que ce soit pour l’autosuffisance alimentaire ou pour l’influence que peut exercer une communauté ou un pays sur des partenaires dépendants de certaines ressources agricoles, le « pouvoir vert » doit toujours être pris extrêmement au sérieux. » Avec, d’une part, 9,5 milliards d’humains attendus d’ici 2050 et, d’autre part, la hausse du niveau de vie global à l’échelle de la planète et le besoin de produits plus diversifiés et de qualité qui en découle, l’agriculture française a une opportunité à ne pas laisser passer. « À moins de réduire volontairement la population mondiale, hypothèse pour moi irrecevable, ce sera à la production agricole de suivre le rythme », poursuivait-il. « La France a la capacité à devenir un partenaire privilégié de l’Afrique et l’Asie, dont les populations explosent mais qui ne seront pas capables de subvenir à leurs besoins alimentaires avant plusieurs décennies. Et si nous ne le faisons pas, d’autres prendront ces marchés, avec un fort risque de mainmise de certaines puissances agricoles sur l’alimentation mondiale. »

Une excellence régionale

Alain Di Crescenzo: nous devons tous être ambassadeurs des produits de notre région, en France et à l'étranger.
Alain Di Crescenzo: nous devons tous être ambassadeurs des produits de notre région, en France et à l’étranger.

Un potentiel qu’Yvon Parayre, Président du Comité régional des Céréales de Midi-Pyrénées et délégué régional de Passion Céréales, a développé dans son intervention. « Premier employeur de la région Midi-Pyrénées, l’agriculture, et particulièrement la production céréalière, n’ont rien à envier à Airbus », insistait-il. « En plus des professions historiques de la production, de la collecte et de la transformation, de nombreux métiers gravitent autour de nos filières : machinisme, conseil, enseignement, banques, assurances, etc. Et que dire des nouveaux métiers qui se développent dans le sillage des recherches et des expérimentations conduites dans la région ? Notre « usine » a juste le tort d’être disséminée sur tout le territoire, en petites entités économiques qui ne font pas autant de bruit dans les médias que les grandes entreprises, quand elles rencontrent des difficultés. Le but de Passion Céréales est précisément d’ouvrir cette agriculture à nos concitoyens. Avec 26.000 emplois en région, nous avons un poids économique de premier ordre, chez nous comme à l’export, qu’il faut faire connaître au grand public pour qu’il nous appuie dans les défis que nous avons à relever. » Des défis par lesquels la région est armée, selon Vincent Labarthe, Vice-Président du Conseil Régional. Rappelant l’excellence gastronomique et sanitaire des productions de Midi-Pyrénées, il a encouragé la poursuite de l’innovation dans l’agriculture et l’agroalimentaire. « Ceux qui survivent sont toujours ceux qui ont su s’adapter », lançait-il.

Le salut est dans la prospective…

« La Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse a récemment édité un ouvrage sur les 10 domaines d’activité qui créeront la valeur et les emplois de demain. Deux d’entre eux sont liés à l’agriculture. « Les débouchés du futur se trouvent à la croisée des filières et savoir-faire d’aujourd’hui », déclarait son Président, Alain Di Crescenzo, lors de la soirée. « Le premier domaine que nous avons identifié « L’agriculture précise et durable » est ainsi à la croisée de l’industrie spatiale, du traitement des données informatiques, du pilotage des machines et de l’agriculture. L’autre domaine d’avenir, appelé « Nutraceutique », concerne les aliments qui ont un impact positif sur la santé. En 2012, ils représentaient un marché de 80 milliards € dans le monde, dont 10 Mds pour la France. C’est un secteur à la croisée de l’agroalimentaire et de la recherche médicale. Il y a déjà des produits qui explosent littéralement, ainsi que des écosystèmes d’entreprises et de recherche. Le dernier exemple en date est le biscuit antistress de la société montalbanaise Poult, développé avec les laboratoires Pierre Fabre. La France a un besoin urgent de faire de la prospective. Les marchés sont là et nous avons des savoir-faire. C’est ici et maintenant qu’il faut mettre de l’argent ! »

… et l’innovation

Les deux derniers intervenants ne pouvaient pas mieux illustrer ce propos. Marc Tondriaux, d’EADS Astrium, est revenu sur l’aventure Farmstar qu’il a lancée, avec Arvalis et le Cetiom, il y a 10 ans. Ce système de détection par satellite du statut azoté des cultures céréalières, pour piloter la gestion des intrants jusqu’au niveau intra-parcellaire, compte aujourd’hui 14.000 abonnés, pour 800.000 ha surveillés. « Nous avons décloisonné technologie et agriculture

Pour Domnique Reynié, rompre la chaine d'innovations en dénigrant la science est un vrai danger pour la France.
Pour Domnique Reynié, rompre la chaine d’innovations en dénigrant la science est un vrai danger pour la France.

 », estimait-il. « Cet outil au service de l’économie et de l’écologie est exporté dans le monde entier et Farmstar est le leader mondial dans son domaine. » Vincent Pluquet présentait, quant à lui, la société qu’il préside, Végéplast. Basée dans les Hautes-Pyrénées, cette jeune entreprise est spécialisée dans le bioplastique. Célèbre pour la création de la capsule de café biodégradable compatible Nespresso (1 million de capsules produites par jour), Végéplast dispose désormais d’une gamme de produits variés. « Nous fabriquons des liens pour les parachutes de l’armée, des tees de golf ou encore des récipients compostables pour les bougies votives de la grotte de Lourdes », expliquait-il. « D’ici la fin de l’année, nous nous lancerons sur le marché de l’emballage alimentaire. »

Et ce n’est pas fini. Travaillant avec des laboratoires de recherche et des écoles, comme l’Enseeiht, Vincent Pluquet plaidait pour davantage d’échanges entre chercheurs, agriculteurs et entreprises. « Nos scientifiques ne demandent qu’à travailler sur des défis qu’on pourrait leur soumettre », affirmait-il. «À l’inverse, il existent aussi de nombreuses études en recherche fondamentale qui pourraient déboucher sur des applications révolutionnaires si elles étaient plus connues du monde de l’entreprise. Il faut échanger, creuser et toujours se tenir informé.»

Productions agricoles de qualité, infrastructures, idées et cerveaux pour les mettre en musique, la filière céréalière régionale dispose d’un environnement économique et scientifique qui ne demande qu’à exprimer son potentiel. Elle a besoin pour cela de synergie, de compréhension et de soutien. La soirée s’est conclue par un débat assez vif sur les freins à la recherche et l’innovation. « On ne peut inventer qu’en s’appuyant sur les inventeurs qui nous ont précédés », martelait Dominique Reynié. « Le climat anti-science qui règne en France depuis une décennie est en cela inquiétant. Casser la chaîne d’innovation aujourd’hui aurait des répercussions catastrophiques sur notre capacité à inventer demain. Nous avons tous les atouts de notre côté, ne les gaspillons pas. »

 

Auteur de l’article : Sébastien Garcia

Commentaires fermés.